C'est la plus importante évolution du métier infirmier depuis vingt ans. Entre la loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier, le décret « socle » n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 et les deux arrêtés du 26 juin 2026, les 640 000 infirmiers français sont passés d'un droit de prescription confiné à quelques dispositifs médicaux à une prescription autonome couvrant vaccins, pansements, antalgiques, contraception, sevrage tabagique et - c'est inédit - examens biologiques. Depuis le 28 juin 2026, ces nouvelles compétences sont effectives. Voici, à jour au 27 août 2026, ce que vous pouvez prescrire, dans quelles conditions, avec quelles responsabilités - et ce qui reste encore en attente.
D'où vient ce nouveau droit de prescription ?
Jusqu'en 2025, la prescription infirmière reposait sur un empilement de textes ponctuels : dispositifs médicaux (arrêté du 20 mars 2012), renouvellement de contraceptifs oraux (loi HPST de 2009), substituts nicotiniques (loi de 2016), vaccins (textes du 8 août 2023). La loi du 27 juin 2025, dite « loi infirmière », a changé de logique : le nouvel article L. 4311-1 du code de la santé publique reconnaît à l'infirmier le droit de prescrire les produits de santé et les examens complémentaires nécessaires à l'exercice de sa profession, la liste étant fixée par arrêté pris après avis de la Haute Autorité de santé et de l'Académie nationale de médecine, et révisée au moins tous les trois ans.
La même loi consacre dans le marbre législatif la consultation infirmière et le diagnostic infirmier - désormais explicitement exclus du champ de l'exercice illégal de la médecine - ainsi que la participation des infirmiers aux soins de premier recours en accès direct.
💡 À retenir : l'arrêté « prescription » du 26 juin 2026 abroge la liste des dispositifs médicaux de l'arrêté du 20 mars 2012 et la liste vaccinale de l'arrêté du 8 août 2023 (pour sa partie infirmière). Il constitue désormais la référence unique de la prescription infirmière. Méfiez-vous des pages et mémos antérieurs à juin 2026, y compris certaines pages ameli pas encore actualisées.
Ce qu'un infirmier peut prescrire depuis le 28 juin 2026 : les 6 domaines
L'arrêté du 26 juin 2026 organise la prescription infirmière autonome - c'est-à-dire sans prescription médicale préalable, dans le cadre du rôle propre et de la consultation infirmière - autour de six grands domaines.
1. Vaccination
L'infirmier peut prescrire et administrer l'ensemble des vaccins du calendrier vaccinal aux personnes de 11 ans et plus, selon les recommandations en vigueur. Deux limites : les vaccins vivants atténués chez les personnes immunodéprimées restent exclus, et la prescription pour les moins de 11 ans demeure médicale (l'infirmier peut en revanche administrer). Pour la grippe saisonnière et le Covid-19, aucune formation complémentaire n'est exigée ; pour le reste du calendrier vaccinal, une formation spécifique est obligatoire si elle n'a pas été acquise en formation initiale, ainsi qu'une déclaration de l'activité auprès de l'ordre.
⚠️ Nouveauté de l'été 2026 : par décision de l'ANSM du 7 juillet 2026, les vaccins antigrippaux sont inscrits sur la liste I des substances vénéneuses : depuis le 10 juillet 2026, leur délivrance en pharmacie exige une prescription. Concrètement, le patient ne peut plus retirer son vaccin sans ordonnance - mais l'infirmier peut établir cette prescription dès 11 ans, comme le médecin, la sage-femme ou le pharmacien. Anticipez ce point pour la campagne 2026-2027.
2. Prévention et traitement des plaies
C'est l'un des apports les plus attendus pour les infirmiers libéraux. Sur la base de sa propre évaluation clinique de la plaie, l'infirmier peut prescrire :
- l'ensemble des pansements (hydrocolloïdes, hydrocellulaires, alginates, hydrogels, fibres, interfaces, pansements au charbon…), pour une durée initiale de 7 jours en primo-prescription ;
- les supports de prévention d'escarres (matelas, coussins) et la compression ;
- les antiseptiques, dans la limite des 5 premiers jours suivant l'apparition d'une plaie traumatique ou d'une brûlure ;
- les anesthésiques locaux non injectables, les hémostatiques, le nitrate d'argent, le matériel de détersion.
Attention aux exclusions du champ autonome : plaies du pied diabétique, plaies post-chirurgicales, brûlures sur terrain à risque, plaies pénétrantes et plaies du visage relèvent toujours d'une prise en charge médicale.
3. Santé sexuelle et reproductive
- Renouvellement des contraceptifs oraux : pour une prescription médicale datant de moins d'un an, renouvellement possible pour 6 mois maximum, non renouvelable, avec mention « Renouvellement infirmier », nom, numéro d'enregistrement et date sur l'ordonnance ;
- contraception d'urgence et préservatifs ;
- test de grossesse (dosage des bêta-HCG) ;
- prescription du dépistage des IST : VIH, hépatites B et C, syphilis, chlamydia, gonocoque.
4. Sevrage tabagique
L'infirmier prescrit les substituts nicotiniques sous toutes leurs formes (patchs, gommes, pastilles, inhaleurs), remboursés à 65 % lorsqu'ils sont inscrits sur la liste des médicaments remboursables, et peut désormais y associer un bilan biologique (glycémie, bilan lipidique) pour évaluer les facteurs de risque cardiovasculaire.
5. Produits de santé courants et dispositifs médicaux
- Antalgiques de palier I (paracétamol, ibuprofène), y compris en usage antipyrétique, avec un pouvoir d'adaptation posologique ;
- sérum physiologique et solutions stériles, nutrition entérale ;
- dispositifs médicaux : pansements et articles de pansement, bas et orthèses de contention, cerceaux de lit, béquilles et cannes, matériel pour incontinence, étuis péniens, sondes vésicales et naso-gastriques, matériel de perfusion à domicile, accessoires d'autosurveillance glycémique (lancettes, bandelettes, autopiqueurs), soulève-malades.
Le remboursement des dispositifs médicaux reste subordonné à leur inscription sur la LPPR (liste des produits et prestations remboursables).
6. Examens biologiques : la vraie rupture
Pour la première fois, l'infirmier peut prescrire des examens de biologie médicale, dans un périmètre ancré sur une situation clinique identifiée :
| Examen | Cadre de prescription infirmière |
|---|---|
| INR | Renouvellement encadré dans le suivi d'un traitement par AVK |
| NFS, plaquettes | Prescription ancrée sur un contexte clinique (évaluation, surveillance) |
| Ionogramme, créatininémie | Surveillance clinique, fonction rénale (notamment patient diabétique connu) |
| Glycémie, HbA1c | Suivi du patient diabétique connu |
| ECBU avec antibiogramme | Suspicion d'infection urinaire |
| Bilan lipidique, glycémie | Dans le cadre du sevrage tabagique |
| Bêta-HCG, sérologies IST | Santé sexuelle et reproductive, dépistage |
La HAS avait émis des réserves sur la prescription de NFS et de ionogramme « hors contexte » ; l'arrêté les a maintenues en exigeant un ancrage clinique. En pratique : documentez toujours, au dossier, la situation qui motive l'examen.
Dans quelles conditions prescrire ? Les règles transversales
Une ordonnance en bonne et due forme
Identification complète du prescripteur (nom, prénom, qualification, n° RPPS - ou FINESS en établissement), identification du patient, date, dénomination précise du produit ou de l'examen, posologie, quantités et durée, signature. Pour la biologie, utilisez une ordonnance distincte de celle des produits de santé.
Une traçabilité systématique
L'arrêté du 26 juin 2026 l'impose : toute prescription infirmière fait l'objet d'une inscription au dossier patient ou au dossier médical partagé (DMP). Pour la vaccination : inscription du vaccin, du lot et de la date dans le carnet de santé ou le DMP, et information du médecin traitant à défaut.
Des prérequis pour certaines activités
Vaccination du calendrier vaccinal : formation spécifique (sauf grippe/Covid-19) et déclaration préalable au conseil de l'ordre. Pour toutes les nouvelles compétences, vérifiez que votre exercice reste dans le périmètre exact des listes : prescrire hors liste expose à des poursuites pour exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie.
La coordination avec le médecin demeure
La logique de la réforme est l'autonomie dans un cadre coordonné : information du médecin traitant via le DMP, orientation du patient dès que la situation dépasse le champ infirmier, et maintien du principe « sauf indication contraire du médecin » pour ce qui reste adossé à une prescription médicale de soins.
La consultation infirmière : reconnue en droit, valorisée progressivement
Le décret n° 2025-1306 définit la consultation infirmière comme une démarche fondée sur le raisonnement clinique : entretien, recueil et analyse des informations, définition d'objectifs de soins, réalisation et adaptation des soins - y compris l'établissement de prescriptions infirmières - et coordination du parcours. Elle peut se tenir en établissement, en cabinet ou à domicile, sans prescription médicale préalable.
Reste la question qui fâche : la rémunération. À ce jour, il n'existe pas de consultation infirmière « générique » remboursée en libéral. L'avenant 11 à la convention nationale (signé le 31 mars 2026, approuvé par arrêté du 5 mai 2026, 503 millions d'euros sur 2026-2029) engage le mouvement : revalorisation de l'AMI de 3,15 € à 3,35 € au 7 novembre 2026 (puis 3,45 €), création des premières consultations infirmières facturées 20 € (initiation à l'insuline dans le diabète de type 2, puis consultation de suivi post-bilan de prévention à partir de juillet 2027), et à compter du 1er janvier 2027 un accès direct pour les plaies non chirurgicales avec un bilan de plaie simple sans prescription médicale (une fois par an et par patient). D'autres actes de la nouvelle prescription attendent encore leur traduction tarifaire.
Et les IPA ? Accès direct et primo-prescription
Les quelque 4 000 infirmiers en pratique avancée diplômés (état des lieux UNIPA, janvier 2026) disposent d'un régime propre, sensiblement plus large, issu de la loi Rist du 19 mai 2023 :
- Accès direct (décret n° 2025-55 du 20 janvier 2025) : l'IPA peut prendre en charge des patients sans adressage médical préalable lorsqu'il exerce en établissement de santé, en structure médico-sociale ou en structure d'exercice coordonné (maison de santé, centre de santé, équipe de soins primaires). Le protocole d'organisation avec un médecin, auparavant obligatoire, est supprimé ; en contrepartie, l'IPA doit informer sans délai le médecin traitant et tracer la prise en charge dans le DMP dès que la situation dépasse son champ.
- Primo-prescription (arrêté du 25 avril 2025) : tous les IPA peuvent désormais prescrire en première intention des arrêts de travail de moins de 3 jours, des transports sanitaires, de l'activité physique adaptée, des antalgiques de palier 1, certains solutés - et, sous condition de formation, certains antibiotiques (fosfomycine, amoxicilline) après test rapide d'orientation diagnostique positif (angine, cystite). S'y ajoutent des listes par domaine d'intervention (pathologies chroniques stabilisées, oncologie, santé mentale, néphrologie, urgences), certaines lignes exigeant un diagnostic médical préalable. Règle commune : ces primo-prescriptions ne peuvent être renouvelées sans concertation médicale.
Quelles responsabilités quand on prescrit ?
Qui dit prescription autonome dit responsabilité pleine et entière du prescripteur. Trois points de vigilance :
- Responsabilité personnelle : la prescription infirmière engage la responsabilité civile, pénale et disciplinaire de l'infirmier - elle ne se dilue pas dans celle du médecin. Le respect strict des listes, des durées (7 jours pour les pansements, 5 jours pour les antiseptiques, 6 mois pour la contraception) et des exclusions (pied diabétique, plaies post-opératoires…) est votre première protection juridique.
- Assurance RCP : obligatoire en libéral (article L. 1142-2 CSP), fortement recommandée pour les salariés. Réflexe indispensable en 2026 : vérifier auprès de votre assureur que votre contrat couvre explicitement la consultation infirmière et la prescription autonome - des activités qui n'existaient pas lors de la souscription de nombreux contrats.
- Traçabilité et dossier : en cas de contentieux, c'est le dossier qui parle. Évaluation clinique motivant la prescription, inscription au dossier patient ou au DMP, information du médecin traitant quand elle est requise : autant d'éléments qui font la différence. Le recul jurisprudentiel sur ce nouveau régime est encore quasi nul - raison de plus pour documenter rigoureusement.
Ce qui reste en attente au 27 août 2026
- L'expérimentation d'accès direct aux infirmiers (article 6 de la loi) dans 5 départements pilotes : le décret d'application n'est toujours pas paru et les départements ne sont pas désignés ;
- les textes IPA de l'article 7 (exercice en PMI, santé scolaire, aide sociale à l'enfance) ;
- la traduction tarifaire complète des nouvelles compétences en libéral (au-delà des premières mesures de l'avenant 11, applicables entre novembre 2026 et juillet 2027) ;
- le décret sur le seuil d'interruption d'activité à signaler à l'ordre (article 4) et les textes sur la spécialité des infirmiers de l'éducation nationale (article 5).
Questions fréquentes sur la prescription infirmière
Une infirmière peut-elle prescrire des médicaments ?
Oui, dans un cadre limité : antalgiques de palier 1 (paracétamol, ibuprofène), substituts nicotiniques, contraception d'urgence, vaccins, et renouvellement d'une contraception orale de moins d'un an (6 mois maximum). Les autres médicaments à prescription médicale obligatoire restent réservés au médecin - ou, pour des listes encadrées, aux IPA.
Une infirmière peut-elle prescrire une prise de sang ?
Oui, depuis le 28 juin 2026, pour une liste ciblée : NFS, plaquettes, ionogramme, glycémie, ECBU, HbA1c et créatininémie chez le diabétique connu, renouvellement d'INR sous AVK, bêta-HCG et dépistage des IST. La prescription doit être ancrée sur une situation clinique et tracée au dossier.
Un infirmier peut-il prescrire un arrêt de travail ?
L'IDE non. L'IPA oui, depuis avril 2025 : arrêt de travail initial de moins de 3 jours, non renouvelable sans concertation médicale.
Quels pansements une infirmière peut-elle prescrire ?
Tous les types de pansements, sur évaluation clinique de la plaie, pour une durée initiale de 7 jours - hors plaies du pied diabétique, post-chirurgicales, pénétrantes et du visage, qui restent du ressort médical.
Une infirmière peut-elle vacciner sans ordonnance ?
Oui : elle prescrit et administre elle-même les vaccins du calendrier vaccinal dès 11 ans (formation et déclaration à l'ordre requises, sauf pour grippe/Covid-19). Depuis le 10 juillet 2026, le vaccin grippal exige une prescription pour être délivré - l'infirmier peut l'établir.
Une infirmière peut-elle prescrire des bas de contention ?
Oui. Les orthèses élastiques de contention figurent parmi les dispositifs médicaux prescriptibles, en prescription comme en renouvellement, dans le cadre défini par l'arrêté du 26 juin 2026.
La consultation infirmière est-elle remboursée ?
Elle est juridiquement reconnue, mais sa valorisation en libéral n'est que partielle : premières consultations à 20 € créées par l'avenant 11 (initiation insuline, puis suivi post-bilan de prévention en juillet 2027). Pas encore de consultation « générique » cotée.
Peut-on consulter un infirmier sans passer par le médecin ?
Pour les soins du rôle propre et la consultation infirmière, oui. Pour les IPA, l'accès direct est ouvert dans les établissements de santé, les structures médico-sociales et les structures d'exercice coordonné. L'expérimentation d'accès direct généralisé aux IDE dans 5 départements attend, elle, toujours son décret.
Prescription élargie, compétences à consolider : le lien avec votre certification périodique
Ces nouvelles prérogatives ne sont pas qu'une avancée statutaire : elles créent une obligation implicite de montée en compétences. Évaluation clinique des plaies, lecture d'un ionogramme ou d'une HbA1c, conduite d'une consultation, pharmacologie des antalgiques : autant de champs à actualiser régulièrement. Bonne nouvelle : ces formations s'inscrivent naturellement dans l'axe 1 (actualisation des connaissances) et l'axe 2 (amélioration des pratiques) de votre certification périodique des infirmiers, dont la première échéance de neuf ans court depuis le 1er janvier 2023 pour les infirmiers en exercice.
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Voir les formationsTextes de référence
- Loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier (JO du 28 juin 2025)
- Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier (JO du 26 décembre 2025)
- Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d'État sont autorisés à prescrire ou à renouveler (JO du 27 juin 2026)
- Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmiers diplômés d'État (JO du 27 juin 2026)
- Décret n° 2025-55 du 20 janvier 2025 relatif aux conditions de l'accès direct aux infirmiers en pratique avancée
- Arrêté du 25 avril 2025 modifiant l'arrêté du 18 juillet 2018 fixant les listes permettant l'exercice infirmier en pratique avancée (primo-prescription IPA)
- Décret n° 2026-130 et arrêté du 20 février 2026 relatifs au diplôme d'État d'infirmier
- Avenant n° 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux, approuvé par arrêté du 5 mai 2026
Pour suivre les évolutions réglementaires de la profession, consultez aussi nos articles sur la certification périodique des infirmiers et les 4 axes de la certification.
Rédigé par l'équipe Certification Santé · Publié le 27 août 2026